Et Dieu créa la Cathédrale
Play with Cathédrale, série présentant ce monument emblématique de Rouen dans diverses
situations, a été réalisée entre janvier 2008 et janvier 2011. Apparue d'abord sur le web, ce n'était au départ qu'un divertissement graphique sans perspective de série. L'accumulation et
les circonstances ont forgé également, en plus de cette présentation virtuelle, une édition de 70 tirages présentés en coffret* et composée de plusieurs thèmes aux frontières modulables : le
monument transformé, le monument ailleurs, le monument spatial, le monument revisité (principalement au travers des tableaux de Magritte), plus quelques "bonus". Une édition réduite est également
possible.
Né à Rouen dans le quartier Saint-Hilaire je n'ai jamais quitté cette ville. J'y ai vécu en maints endroits et j'éprouve
pour elle un double sentiment d'épuisement et d'amour. Épuisement d'avoir tant et tant arpenté ses quartiers, ses rues, ses lieux ; amour pour sa beauté, pour une certaine qualité de vie, et
parce qu'elle a été le théâtre de mon existence : dans chaque recoin un souvenir, en chaque souvenir un recoin.
Au fil du temps, au gré des changements et des évolutions urbaines, mon enracinement s'est mué en un voyage immobile, c'est
désormais la ville qui bougeait autour de moi. La Cathédrale en est son pivot millénaire et sa flèche culminant à 151 mètres un phare que nul ne peut manquer à l'approche de Rouen. Enfant,
alors que je rêvais déjà d'espace et de voyages vers la Lune ou Mars, cette flèche était comme une fusée, un vaisseau qu'une conjonction magique ou astrale animerait un jour. J'ai, dans une
partie de cette édition réalisé ce rêve, du moins virtuellement.
Play with Cathédrale, jouer avec ou se jouer de la Cathédrale... Au-delà d'un certain irrespect et du détachement que j'ai
de toutes choses religieuses, je la respecte, je lui reconnais (mais en est-il besoin?) une place primordiale dans la cité où, en lieu et place des croyants, défile une nouvelle génération de
pèlerins : les touristes. Mais Play with Cathédrale c'est aussi rêver, amplifier ce voyage immobile qui m'accompagne, célébrer l'imaginaire, jouer encore et jouer toujours pour préserver et
entretenir la part d'enfance qui seule peut nous épargner le dessèchement. C'est également, dans cette ville ligotée par son passé, moquer la "sacralité" qui pèse ici en toutes choses."
Alain Aubourg
